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Rubrique : {Éditorial}

Éditorial

Lewis Caroll, Lacan et Tim Burton

Premier prix de Psychanalyse Lacanienne décerné à l’unanimité du Jury à Tim Burton

Le dimanche 11 juillet 2010 par Guy MASSAT

Guy Massat, « Lewis Caroll, Lacan et Tim Burton », Premier prix de Psychanalyse Lacanienne décerné à l’unanimité du Jury à Tim Burton, Paris, Café Clovis, le jeudi 29 avril 2010.

Derrière le miroir de la conscience, derrière le miroir illusoire des arrières mondes, il y a l’inconscient et son langage. Là, le Réel, l’Imaginaire et le Symbolique se nouent et se métamorphosent l’un l’autre. C’est « le m’onde d’A-lice ». Quelque part, comme dans ce conte de Ionesco « pour enfant de moins de trois ans » où tous les personnages s’appellent Jacqueline, nous nous appelons tous Alice, du moins en tant que « sujet de l’inconscient ».

L’inconscient parle, l’inconscient n’est que du langage, a montré Lacan, mais ce n’est pas le langage ordinaire. C’est bien plutôt celui que Lewis Carroll explique à Alice dans « Derrière le miroir », celui des lapsus, des contrepèteries, des mots valises, en bref, ce dont Freud définit la technique même de la psychanalyse « l’association libre ». Les mots et les lettres y explosent comme autant de big-bangs. C’est ce qui permet d’expliquer, entre autres, dit Lewis Carroll, « tous les poèmes qui ont été inventés jusqu’à aujourd’hui, et un tas d’autres qui n’ont pas encore été inventés ».

Par exemple, que signifie « slictueux » ? Slictieux signifie : « souple, actif, onctueux. » Vois-tu, Alice, c’est comme une valise : il y a trois sens empaquetés en un seul mot. Et « Vribler » ? Vribler « c’est faire des trous comme une vrille », etc.

A partir du moment où nous sommes plus ou moins capables de regarder ainsi tous les mots, c’est-à-dire de les « vibrer », de les désatomiser, comme la physique moderne l’a fait pour l’atome soi disant indivisible, nous serons de moins en moins victime du langage. C’est que la vérité a structure de fiction. Toute fiction a une dimension de vérité, nous dit la psychanalyse. Et le délire est une autoguérison salvatrice. A quoi sert le délire ? A se délivrer de la masse de ce que l’on refoule. Le psychotique, qui refoule et dénie son délire, l’incarne, malheureusement pour lui. Le névrosé qui fantasme et pratique la règle fondamentale de la psychanalyse, l’association libre, se libère de ce qu’il refoule et trouvera soudain la réalité beaucoup plus simple qu’elle ne lui paraissait.

« Comment était-ce avant que l’inconscient soit repéré ? » demande Lacan. Il répond dans Télévision : « Une pratique n’a pas besoin d’être éclairée pour opérer ». Jacques Lacan est le psychanalyste français qui a redonné toute sa valeur de pulsation temporelle à l’inconscient et au ça. Avant que la créativité de l’inconscient soit mise en évidence par Freud, il y avait les poètes, la mythologie et… Lewis Carroll, célèbre pour son chef d’œuvre Alice et le Wonderland et sa suite Alice derrière le miroir. Cependant l’important restera toujours de distinguer l’inconscient que dénie par principe le conscient. C’est la leçon que donne Tim Burton avec son film sur le monde d’Alice.

Ce n’est pas seulement la lettre, ce n’est pas seulement l’esprit c’est génie de Lewis Caroll dans toute sa fraîucheur que Tim Burton a réanimé avec cette adaptation de l’inconscient féérique d’une Alice, d’abord comme tout le monde, en conflit avec la réalité. Tim Burton sait distinguer le conscient de l’inconscient. Ce qui n’est pas la moindre des choses. Il est rompu à l’art des métaphores et des métonymies, des déplacements et des condensations qui sont le langage du rêve. Mais son génie c’est d’avoir, malgré la Samcda (Société d’Alliance Mondiale contre le discours Analytique), redonner son sens étymologique au mot « psychanalyse » : celui de libération (analyse) du souffle vital (Psyché).

Le souffle vital c’est la parole hors normes de l’inconscient. La Samcda comme les religions et comme la philosophie tiennent le conscient pour Grand Autre et le ça pour un imposteur. Elle sévit aux USA comme en Europe, chez les philosophes, les scientifiques et même chez certains psychanalystes. En résumé elle voudrait soutenir que la poésie est un délire qui doit être supprimé par la chimie ou par des opérations cervicales. Justement, le film de Burton nous transporte ailleurs. Il raconte que pour le père d’Alice, comme pour Lacan, « le réel est l’impossible », l’impossible de la poésie qui soutient toute chose.

A six ans, la petite Alice, est terrifiée par les personnages qu’elle voit en rêve, elle demande à son père « Suis-je folle ? » Il lui répond « oui, complètement toquée, mais tous les gens bien le sont aussi » C’est ainsi que commence le film. Ne devient pas fou qui veut, car la folie ça parle.

Tim Burton nous fait retrouver Alice, 13 ans plus tard, quand son père est mort et que sa famille veut la marier sous le regard terrifiant de l’aristocratie anglaise. Empotée et mal dans sa peau, Alice va-t-elle se soumettre à la pression sociale ? Que pourrait-on faire d’autre ? Le lord maniéré qu’on lui a destiné, parfaitement conforme au snobisme de son temps, lui demande, devant tout le monde, de l’épouser, c’est alors qu’Alice a l’inconvenance de proposer une minute de suspension. Comme nul ne l’ignore, le temps de l’inconscient est infiniment plastique et sa logique élastique. Une minute, cela suffit à Alice, comme à quiconque, pour passer dans la dimension du réel. Ce passage au pays des merveilles lui permettra, comme après une analyse, de retrouver son « souffle vital », sa « plussoyance » comme il est dit dans le film, c’est-à-dire la parole de son désir. Cette parole consiste à ne plus se soumettre sans parler à la conscience, à ne plus être la marionnette du désir de l’Autre, à savoir éviter les répétitions des interprétations malheureuses, et à savoir vaincre les inhibitions qui paralysent nos amours comme nos affaires.

Mais, comment entrer dans ce réel si fructueux de l’inconscient ? Comme le montre le film de Burton, on y entre en sautant dans un trou. Un lapsus c’est un trou dans le langage ou, comme il est dit dans l’histoire, « un terrier de lapin ». Quand, dans le film de Tim Burton, vous verrez Alice tomber dans le terrier du lapin n’oubliez pas qu’il s’agit d’une chute dans le langage. Ensuite, ce que Tim Burton a bien repéré, c’est que dans l’inconscient on se heurte d’abord à des résistances comme à des portes fermées. Puis, comme dans une réminiscence utérine, nous apercevons une toute petite porte que notre corps, bien trop gros, ne saurait franchir. Mais comme notre régression relève du stade oral on y trouve aussi des gâteaux qui font grandir (rappelons-nous qu’étymologiquement « placenta » signifie « galette »), et des boissons rapetisser puisque toute boisson divise et dilue. Après quelques tâtonnements compréhensibles on trouvera notre bonne taille et la clé qui ouvre la porte du monde magique de l’inconscient. Lacan conclurait : « On ne franchit jamais qu’une porte à sa taille. »

Est-ce notre vrai moi ou notre faux moi qu’on trouve dans les rêves ? C’est cette question qui engendre « le sujet de l’inconscient », c’est-à-dire ici la vraie Alice, l’Alice parfaite. C’est écrit dans l’Oraculum (littéralement la bouche qui parle) que consultent les personnages du Wonderland. « L’Oraculum » dit que la vraie Alice vaincra le Grand Autre. En attendant, et selon les circonstances, Alice, comme tout le monde, se trouve soit trop grande soit trop petite, soit fausse et soit vraie.

Dans le système inconscient, le Wonderland, il y a d’abord le m’onde du ça (à écrire avec une apostrophe pour souligner sa plasticité chaotique). C’est le Réel. Il est représenté par Alice, et ses jeux ou ses « je », d’où adviendra « le sujet de l’inconscient », (voir le schéma L de Lacan) [1]. Wo es war soll ich werden, dit toujours Freud. Conformément à cette topologie le premier personnage que rencontre Alice sera donc naturellement la chenille Absolulem. Dans le mot chenille, en français, on entend chaîne. Chaînes et nœuds, constituent la topologie de l’inconscient selon Lacan. Une chenille ça fait des trous. Absolulem fait des ronds de fumée. Il fume pour montrer que tout se réduit à de la fumée. Comme le « ça », la chenille crache des lettres et chante les voyelles A, E, I, O, U, qui sont le souffle secret des choses. C’est ce qu’avait si bien figuré Walt Disney déjà en 1951 (on peut en voir toujours des extraits sur internet). Comme toutes les chenilles, Absolulem se transformera en papillon. Ce qui illustre que le « ça » va toujours par delà comme le devenir.

Que dit Absolulem à Alice ? Il lui dit que lorsqu’elle sera « la vraie Alice » elle libérera le système inconscient du joug totalitariste et pétrifiant du Jabberwocky, Grand Autre au service du surmoi incarnée par la Reine Rouge. Il lui dit de ne pas se prendre la tête et de suivre « l’épée verpaline » du langage qui saura faire le travail à sa place. Autrement dit que la parole peut tout parce qu’elle devance tout. Il lui conseille ne « pense pas et laisse toi parler ».

Dans la topologie de l’inconscient vient ensuite le cercle du moi, illustré par le chapelier fou et ses acolytes. Tout moi a toujours besoin, pour se présenter, d’un chapeau au sens propre ou au sens figuré. Aujourd’hui on a plutôt des cartes de visites. Le moi attend. Si fou soit-il, il est conservateur. Il représente les pulsions de conservations, disent les psychanalystes. Il attend depuis toujours assis à la même table, buvant le même thé, avec les mêmes personnes, le loir et le lièvre de mars qui sont ses « petits autres » (les i de a) : Le loir est l’aspect du moi qui dort toujours. Le lièvre de mars, représente l’aspect du moi qui est toujours fatigué, fourbu comme un lièvre de mars. Peut-être qu’en avril, il sera-t-il moins fatigué et moins maladroit ? En tout cas, ces trois représentants du moi passent le temps à tuer le temps en attendant le retour d’Alice, le sujet de l’inconscient. C’est que le chapelier fou était autrefois au service de la Reine Blanche (l’idéal du moi) mais le Jabberwocky de la Reine Rouge (le surmoi) a exterminé un jour toute sa famille de chapeliers. Depuis il ne sait plus guigandélirer, c’est-à-dire danser la danse du guigandélire. Pourtant, le chapelier fou est le seul à croire que notre Alice est la vraie Alice qui redonnera son souffle bienheureux au système inconscient.

Le troisième cercle enchenillé de la topologie de l’inconscient est le surmoi, représenté par la Reine Rouge, ses avatars et ses clones polymorphes. Il lui suffit d’un rien pour que sa colère explose et qu’elle ordonne : « qu’on lui coupe le cou », solution surmoïque à tous les problèmes. Un de ses clones est le valet de Cœur éborgné, maréchal, diplomate et ambitieux. La Reine Rouge commande à l’oiseau Jubjube, un avatar qui lui sert à se venger. Mais surtout elle détient l’arme absolue, le terrible Jabberwocky qui représente le Grand Autre invincible, le censeur qui culpabilise, accuse, terrorise et foudroie tout le monde. Sous le joug de la Reine Rouge tout le wonderland est donc déprimé comme un moi abandonné dans une forêt dangereuse. Heureusement, tout surmoi, dit la psychanalyse a inévitablement un double qu’on appelle l’idéal du moi. La Reine Rouge, la reine de cœur sans cœur, a donc une sœur cadette, la Reine Blanche qui rend tout joli et agréable grâce à des valeurs morales extrêmement pures, même si parfois elles frôlent le ridicule. Bien sûr, tout le monde préfère la Reine Blanche et pense en son for intérieur « A bas la maudite grosse tête de la Reine Rouge ! » Mais la Reine Rouge veille au grain et, de sa poigne hystérique, domine tout le système inconscient d’autant que des rumeurs rapportent qu’Alice est de retour et que selon la prophétie c’est elle qui tuera le Jabberwocky lors d’un jour « Frabieux » (formidable et fabuleux) en ce faisant le champion de la Reine Blanche.

En tout ceci chacun pourra aisément reconnaître les méandres secrets de sa propre histoire. Même si on peut en faire des interprétations variées tous les personnages de Lewis Carroll représentent des concepts de la psychanalyse lacanienne. Dans l’inconscient le moi n’est que le mot a. Au dessus du moi il y a le « sur mot a », avec son grand A figuré dans ce film par le terrible Jabberwocky. Ce grand Autre, comme la mort, terrorise tout le monde. « Jabber » signifie « jaboter », c’est-à-dire, clabauder, jacasser, invectiver, baragouiner, des mots et des idées incompréhensibles n’ayant d’autre but que de refouler, de dénier en chacun de nous, la parole libératrice du ça. Le grand A est ce dont il s’agit dans la parole imposée. C’est « le réservoir des signifiants » c’est pourquoi chacun de nous est sous l’emprise d’un Jabberwocky personnel dont il est en quelque sorte parlé.

Notre Alice va réussir à tuer le Jabberwocky grâce à l’épée verpaline, c’est-à-dire tranchante comme le diamant coupeur. Cette épée représente la parole qui se libère d’elle-même. Ayant barré le grand A, Alice, forte du grand A barré, devient un être parlant et non plus parlé. Un être parlant c’est-à-dire sachant exprimer son désir, sachant y faire avec la réalité et ses fantasmes sans être une aliénée du conscient. Car, « il n’y a pas d’Autre de l’Autre ».

Le Bandersnatch est une grosse bête blanche avec des taches noires. Il a l’air effrayant. Il représente le psychanalyste. Dans son nom il y a « bander » qui désigne la tension et « snatch » qui désigne la rapidité de la scansion, « la scansion du temps logique qui inclut le moment de comprendre ». C’est une créature sous le contrôle de la Reine Rouge jusqu’à ce qu’Alice lui redonne son œil et qu’il se mette au service de la Reine Blanche. C’est lui qui donne à Alice la clé permettant d’utiliser l’épée verpaline (la parole du ça) par laquelle elle vaincra le Jabberwocky. Son rôle démontre que c’est l’analysant qui est toujours l’agent et le héros de toute analyse.

L’oiseau Dodo fait partie de ces oiseaux qui n’ont pas besoin de voler. Les Dodo ne sont pas des voleurs. L’oiseau Dodo un psychologue. Concernant la course existentielle de la vie, il soutient dans « Derrière le miroir » cette remarque psychanalytique et sereine : Chacun partant d’endroits différents pour arriver à des buts qui ne sont pas les mêmes, fait qu’au final de cette course « tout le monde a forcément gagné ! » Nul n’échappe au bonheur, où y aurait-il de la poussière ?

Le chat du Cheshire a le don de se rendre invisible. Il représente ce que la psychanalyse lacanienne appelle « l’autre jouissance », la jouissance infinie de la femme, jouissance invisible parce qu’elle n’a pas de limite. C’est lui qui fait passer la couronne de la Reine Rouge sur la tête de la Reine Blanche.

Les frères Tweedeldee et Tweedeldum représentent le sujet divisé ($) .Ils contredisent continuellement Alice (S1) pour lui inculquer un doute paralysant, mais ça ne marche pas. Humpty Dumpty est un œuf qui met à jour, comme Lacan, la nature purement conventionnelle du signe et du sens. Cela permet d’interpréter plus favorablement les mots que l’on entend. Le chien Bayard représente un aspect du moi au service du surmoi parce que l’on tient sa famille en otage.

Dans la psychanalyse lacanienne il y a trois A. le grand, le petit (le moi) et l’objet a. L’objet petit a, est l’objet même de la psychanalyse. Il est appelé dans l’histoire d’Alice la plussoyance. Tantôt Alice a perdu sa plussoyance et tantôt elle la retrouve. La plussoyance désigne la plus value, le plus de jouir, l’objet pulsionnel, l’objet du désir, qui ne se réduit à aucun objet du monde mais articule la dialectique du désir, l’incomplétude du langage, ou, comme on dit en lacanie, « l’objet petit a ».

Le film de Tim Burton est une illustration des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (le séminaire 11 de J. Lacan). On y trouvera : 1°/ le monde de l’inconscient et son langage. 2°/ Le Transfert et ses transformations (quand on voit un lapin en gilet qui regarde sa montre en disant qu’il est en retard et toutes sortes d’animaux qui parlent c’est qu’on transfère à l’extérieur des conflits intérieurs). 3°/ La Répétition (qui n’est pas toujours la même). 4°/ La Pulsion (et ses destins : le refoulement, le retournement sur soi, le renversement en son contraire et la sublimation).

Ce film dévoile ce qu’est vraiment le « Alice de Lewis Carroll » à savoir : « le sujet de l’inconscient », concept impossible pour les philosophes, aussi impossible que le nihil negativum de Kant (le rien de négatif).

Vous me direz oui mais tout cela n’est que pour amuser les enfants. Je vous rappellerai alors ce que dit Lacan dès son premier séminaire : « Plus nous sommes proches de la psychanalyse amusante, plus c’est la véritable analyse. »   Donc si vous ne l’avez pas encore vu allez voir le film de Tim Burton. Si vous l’avez déjà vu revoyez-le sous l’angle psychanalytique. Si vous n’avez pas encore lu Alice derrière le miroir lisez-le comme une introduction à la psychanalyse lacanienne.

Un film qui a coûté 250 millions de dollars pour illustrer la psychanalyse lacanienne ne mériterait-il pas que son auteur, Tim Burton, soit honoré du premier prix de Psychanalyse lacanienne ? Je propose donc que notre modeste groupe de psychanalystes en prenne l’initiative. Ce serait un acte performatif. Est-ce que toutes les personnes de notre cartel sont d’accord ?

Quelle est la signification de ce prix ? Ce prix signifie que face à la culture totalitariste et débilitante du conscient il existe une autre culture, une authentique contre-culture qui est celle de l’inconscient de Freud et de Lacan.

A l’unanimité les psychanalystes du Cercle Psychanalytique de Paris ont décerné ce jour 29 avril 2010 au Café Clovis à Paris — 29 ans après la mort de Lacan — le premier prix de Psychanalyse Lacanienne à Tim Burton pour son film Alice au pays des Merveilles.

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Rubrique : {Télévision, Chan et pensée chinoise}

Cartel sur « Télévision »

La psychanalyse, le psychanalyste et la clé des songes

7e séance (25 mars 2010)

Le vendredi 14 mai 2010 par Guy MASSAT

Guy Massat, « La psychanalyse, le psychanalyste et la clé des songes », septième séance du séminaire 2009-2010, au café Clovis, le jeudi 25 mars 2010.

Le terme « télé » de télévision signifie « loin ». Nous pouvons voir sur notre écran plat des choses qui se sont passées avant notre naissance. Mais jusqu’où peut aller notre vision ? Un célèbre gōng’àn (koan), 公案, de Houei neng, le grand maître du Tchan dans la Chine du VII ème siècle nous pose, à travers le temps, cette étrange question : « Quel était votre visage avant votre naissance ? » La question semble paradoxale, stupide, absurde. Aussi absurde que l’inconscient du point de vue de la logique classique et des sciences. Elle suppose qu’on puisse voyager dans le temps comme si c’était de l’espace pour aller voir plus loin qu’avant notre naissance. Par quelle anamorphose du temps, par quel nouage d’images contradictoires, comme celles des rêves, pourrions-nous voir notre visage avant qu’il n’apparaisse ? Y en aurait-il un seulement ou n’est-ce pas bien plutôt un abîme en lui-même ? La question relève des questions sans réponse qui hantent les humains bien qu’ils s’efforcent, pour être tranquilles, de ne pas trop y penser. Cependant, il nous faut bien admettre qu’il nous est impossible de voir directement notre propre visage. On ne le voit jamais, en tout cas, pas aussi directement qu’on distingue celui des autres. Ne passe-t-on pas la plupart de notre existence sans se voir ?

Même si l’on se regarde dans une glace, ou en photo ou en film on ne se voit pas précisément comme les autres nous voient dans la réalité. On ne se voit que « réfléchi » comme si la réflexion était notre seul mode d’être, et non pas l’intuition. Nul besoin de porter un voile, nous sommes toujours voilés. Pourtant le visage, c’est ce qui se voit, c’est notre identité. Quel visage avions-nous avant votre naissance ? Nous n’en avions pas ? Mais alors c’est comme maintenant ? Car sous le masque de chair que nous appelons orgueilleusement notre visage, en toute rigueur il n’y a rien, sinon un crâne avec son sourire sarcastique. Qu’y a-t-il dans ce crâne ? Une espèce de gélatine qui ne réagit qu’à des sons, des paroles, des dires, même si ce n’est que « le dire exprimé sans paroles » comme l’aboiement du chien de Lacan, le croassement d’un corbeau, le bourdonnement d’une abeille, la chute d’un arbre, ou, comme dit si bien le poète Bashô (17e siècle) : « le bruit que fait une grenouille en sautant dans l’étang ». C’est que nonobstant l’extraordinaire « imagerie cérébrale fonctionnelle » qui fascine tant les neurosciences, l’activité du cerveau n’entre en action que par les paroles qui la précèdent. Quand la psychanalyse deviendra-t-elle inutile ? Elle deviendra inutile et disparaîtra que lorsqu’on ne parlera plus. Car l’inconscient est parole et les savants eux-mêmes ne peuvent y échapper. Mais, comme d’habitude pour toute science, les neurosciences confondent le préconscient avec l’inconscient.

En conclusion, notre visage d’aujourd’hui, comme celui d’avant notre naissance, n’est fait que de mots, que de sons, de vibrations, qui passent comme des rides qui rigolent. Pas d’œil, pas d’oreille, pas de nez, pas de bouche, pas de joues, pas d’esprit, aucune différence qui ne dépendent de mots. Des souffles, noués, dénoués, renoués, qui se métamorphosent et qui produisent toutes sortes de visages dans le même visage ou dans les séries de chacun des autres. Étymologiquement « visage » veut dire ce qu’on voit. Le R (le Réel) produit le I (l’Imaginaire, le semblant, ce qu’on voit) lequel produit la voix réfléchie, le S (le symbolique) et les trois sont noués ensemble borroméennement. Le dit de la parole d’avant la parole s’il revient sur lui-même, c’est pour aller plus loin que lui-même comme le temps et toutes les caractéristiques du temps. Il n’y a donc jamais eu sous votre visage que de la voix, des voix parallèles, comme les vies parallèles de Plutarque. En tout cas, on n’y trouve personne. C’est « cette voix qui quand elle sonne n’est plus la voix de personne… « comme dit Valéry, cité par Lacan. D’ailleurs en grec « persona » désigne le masque mais aussi la voix qui sort du masque et qui le précède. Ce qui se voit mais aussi ce qui ne se voit pas, s’écoute, se goûte, se sent, se touche et ne se touche pas n’est fait que de mots, de m’O, de vibrations de zéro, O. Rien que du « parlêtre », c’est-à-dire de l’interprétation, ou, comme le voulait Freud « une construction », une construction de m’ondes, de m’ondes à « objet petit a » : chacun ses voix, ses regards, ses fèces, ses nourritures, et ses riens.

Notre visage d’avant notre naissance n’était fait que de mots. Ça parlait pour nous. Il a bien fallu que notre père, d’une façon ou d’une autre, parle à notre mère et que celle-ci réponde par des mots favorables, pour que nous apparaissions. Notre visage était celui de la langue qui les prononçait. Tout cela pour dire, à partir de cet antique et bizarre gōng’àn (koan), 公案, que nous ne sommes que des mots, du parlêtre. Toute conscience est conscience de quelque chose, et nous sommes par conscience d’être. C’est réfléchi. C’est le paradigme occidental. Or la conscience du vide est vide de conscience, autrement dit c’est l’inconscient. Et l’inconscient ça parle. Toute conscience de quelque chose est donc inévitablement parlée par l’inconscient. Le vide parle, nous dit encore la pensée chinoise. Selon le sutra de la suprême sagesse du Tchan : « la parole du vide se prononce ». Selon le même sutra il est souligné précisément que c’est la lettre « A », le son de la lettre A : « La prajnaparamita toute entière est condensée dans la lettre A, qui est dite la mère de toute sagesse » (Dr Evans-Wents, Le Yoga Tibétain, p. 350). La lettre « A » c’est aussi « l’être là », le dasein, dont Lacan a fait l’être l’a, la lettre « objet petit a ». Ainsi que le résume Laozi : « Le nom est la mère de toutes les choses » (Daodejing, 1). En latin Vocare « être vide » est homophone de vocare « nommer ». La parole précède bien les corps comme le son précède les cordes, et les trous précèdent leurs bords.

En Europe, depuis Freud et Lacan, l’inconscient est une langue neuve. Une langue qui parle à l’air, qui n’est ni vivante ni morte, et qu’autrefois on appelait la « langue des oiseaux ». Cette langue, il suffit que deux cœurs l’écoutent pour qu’ils trouvent subitement mille moyens de communiquer sans le secours d’aucune parole convenue, vulgaire ou savante. C’est la langue de la psychanalyse qu’enseignent Freud et Lacan. Leur enseignement, malgré la mafia de la Samcda, « filtre de partout, comme dit Lacan, c’est un vent qui fait bise quand ça souffle trop fort ». C’est dans Télévision (p. 33). Psyché y retrouve là son étymologie de souffle vital, Qi (tchi), 氣, en chinois.

Selon Confucius il importe de redonner aux mots leur définition propre. Suivons-le avec le mot psychanalyse. Le mot « psychanalyse » est composé de deux mots grecs. Mais qui étudie le grec aujourd’hui ? Il n’y a plus, pratiquement, qu’une vieille dame aveugle, comme perdue au fond des vieux bâtiments de l’Académie Française, pour en défendre l’intérêt. Jacqueline de Romilly, pour la nommer. Or la langue grecque est la racine de toutes les langues européennes et de leur écriture. En tout cas, ceux qui s’intéressent à la psychanalyse trouveront toujours profit à visiter les mots grecs qu’on utilise souvent sans le savoir. Le mot analyse, par exemple, analusis, αναλυσις, a plusieurs sens. Ouvrons le Bailly : c’est le troisième sens du mot analyse qui est le plus connu : « résolution d’un tout en ses parties », c’est-à-dire, distinguer en les séparant les éléments d’un ensemble. Ce sens a triomphé et triomphe dans tout ce qui relève du conscient, les religions, la philosophie et les sciences. Le second sens d’analusis, αναλυσις, c’est : dissolution (La dissolution est justement le titre du dernier séminaire de Lacan, le séminaire XXVII, juste après La topologie et le temps, séminaire XXVI). Quant au premier sens d’analusis, αναλυσις, c’est libération. On doit le retenir. Car « analyse », en tant que « libération », est bien, dans le sens de Freud et de Lacan, ce qui convient le mieux au mot comme au concept, de psychanalyse. Cela permettra d’éviter ces dérapages psychanalytiques où l’on se retrouve pétrifié dans le miroir du conscient, comme il arrive trop souvent. Cela permettra de ne pas réduire l’analyse à de la suggestion ou à une soumission à quelque norme, à quelque cadre, à quelque idéologie, à quelque conscience que ce soit. En outre, connaissant les trois sens du mot analyse, il sera plus facile à l’analysant, comme à l’analyste, de comprendre ce qui se passe lors d’une séance. La psychanalyse c’est donc « la libération » (αναλυσις). La libération de quoi ? De psyché : ψυχη .

Psyché pour les Grecs c’était « le souffle vital ». Qu’est-ce que le souffle vital ? Pour Freud et Lacan c’est l’inconscient qui précède toutes les formes de consciences de quelque chose. Et cet inconscient c’est de la parole. De quelle parole s’agit-il ? Non pas d’une parole exprimée dans une des 7000 langues du monde. Mais, étrangement, d’une parole qui les articule toutes : la parole du silence, du langage du silence. Non pas du silence exprimant l’impuissance ou l’inhibition, ou le silence en tant qu’interdiction et bâillonnement, mais du silence, en quelque sorte originel, du silence mobile, de la poussée infiniment rapide du silence, d’un silence si centrifuge qu’il ne laisse derrière lui qu’une suite d’éclatements et de tourbillons d’hypothèses. L’inconscient n’est pas une parole ordinaire, mais une parole qui est la rapidité même du silence, aussi preste, secrète et insaisissable que le temps qui absorbe tout, tout ce qu’il fait apparaître et réapparaître tout ce qu’il dissout.

Pour accéder à l’importance de ce silence qui est le langage de l’inconscient, il suffit à quiconque de considérer simplement que si l’on jouait toutes les notes d’une symphonie en même temps plus personne n’entendrait rien. C’est le silence qu’il y a entre les notes qui active l’audition. C’est le vide qu’il y a entre les choses qui permet de les différencier. Le vide n’est pas statique c’est, au contraire, ce qui permet de remplir et de désemplir les contenants. Aucune de nos 7000 langues ne serait possible si elle n’était articulée par le silence. C’est le silence qui, lançant ses hypothèses, permet l’identité éphémère des choses. Par exemple : Si a < b, b > a. D’où le poinçon de Lacan <> dans la formule du fantasme $ <> a. La réalité, c’est du fantasme et la psychanalyse nous apprend « à savoir y faire avec notre fantasme ». Comment pourrait-on savoir y faire avec les fantasmes de la réalité si l’on ne pouvait se servir du langage vrai du silence ? Le vrai silence brise de ses six lances de feu, les faux silences du semblant, de l’impuissance, du silence qui interdit n’importe quoi sous menace des pires malheurs. C’est pourquoi, dès l’ouverture de son premier séminaire Lacan explique que : « Le maître (c’est-à-dire l’inconscient) interrompt le silence (le silence de l’impuissance, du malêtre et de l’interdit) par n’importe quoi, un sarcasme, un coup de pied. C’est ainsi que procède dans la recherche du sens, un maître bouddhique selon la technique zen (Tchan) ». Ainsi La cure psychanalytique ne consiste qu’à mettre l’inconscient en mouvement, c’est-à-dire à briser les faux silences par l’usage du vrai silence de l’inconscient.

Comment pratique-t-on ce langage paradoxal ? La dernière fois « La mort du cygne » de Tchaïkovski dénaturée en « mort du signe linguistique » a eu l’effet, au dire de certains, « d’une plus value » ou « d’un plus de jouir » concernant le dernier acte du célèbre ballet russe. « Le cygne » du poète Sully Prudhomme, dit par la comédienne Maud Ribler, avait été également défiguré en « signe », dans un manquement sauvage à l’orthodoxie de toute langue. Encouragé par le succès de ces odieuses transgressions, nous présentons aujourd’hui la méthode Magritte pour se détacher des mots et des images (des S et des I). Tout le monde connaît le tableau de Magritte de 1928 représentant une pipe sous laquelle est écrit « ceci n’est pas une pipe » ou encore le tableau représentant une pomme sous laquelle est écrit « ceci n’est pas une pomme ». Nous pouvons décliner le principe de Magritte à tous les objets du monde et au monde lui-même. Il n’y a qu’à regarder une chose quelconque et dire qu’elle n’est pas ce qu’elle est : « ceci n’est pas une voiture, ceci n’est pas mon père, ceci n’est pas ma mère, ceci n’est pas le monde, ceci n’est pas le Bien, ceci n’est pas le mal etc., etc. On peut utiliser cette désidentification comme un exercice d’hygiène psychanalytique pour traiter de la psychose ordinaire, à pratiquer au moins un quart d’heure par jour, et non pas seulement « une fois dans sa vie ».

Magritte, par ailleurs, nous engage à aller plus loin avec un autre tableau, datant de 1930, intitulé « La clé des songes ». Non seulement les choses ne sont pas ce qu’elles sont mais elles peuvent être aussi ce qu’elles ne sont pas. Ainsi Magritte représente un Œuf sous lequel est écrit, l’acacia. L’acacia est un arbre. Le mimosa, par exemple, est un acacia, mais aucun acacia ne sera jamais un œuf. Or Magritte dit que l’œuf c’est un acacia. C’est une désidentification et une réidentification libre. Ensuite Magritte peint une chaussure de femme et il écrit que c’est « la lune », un chapeau melon et il écrit que c’est « la neige », une bougie et il écrit que c’est « le plafond », un verre et il écrit que c’est « l’orage », un marteau, et il écrit que c’est « le désert ». Ce principe de désidentification et de réidentification est déclinable à toutes les choses du monde. Le célèbre écrivain James Joyce l’a pratiqué et l’a poussé à l’extrême avec son célèbre Ulysse (1922). Voir l’extraordinaire séminaire de Lacan sur James Joyce (1975-1976) où on découvre une « autre jouissance ». L’intérêt de la méthode de Magritte est de nous permettre de nous désengluer des mots et des lettres, des images et des choses, des I et des S, pour devenir ce que nous sommes : des êtres parlants et non pas des êtres parlés, parlés par les autres ou parlés par la douleur. C’est le sens véritable du « deviens ce que tu es » de Pindare, cité par Nietzsche : deviens ce que tu es, c’est-à-dire un être parlant.

À partir du tableau de Magritte, « La clé des songes », l’association libre peut être poursuivie par toutes sortes d’histoires libératrices de signifiés et de signifiants ou de nos père et de nos mères. C’est la manière dont Freud explique qu’il faut analyser les rêves « non pas, dit-il, en le considérant comme un tout, mais en portant l’attention sur les différentes parties du contenu… morceau par morceau » (L’interprétation des rêves, Puf, p. 97). Cette méthode psychanalytique de désidentification et de réidentification, qui ressemble à la pratique des gong’an, n’est, bien entendu, efficace que pour nos propres associations. On ne peut interroger Magritte sur les réidentifications qu’il propose dans cette œuvre. Mais on peut s’autoriser à faire parler son tableau, par exemple, avec le texte suivant :

« Hier soir, je me suis fait deux acacias brouillés que j’ai mangé en regardant une belle chaussure de femme qui brillait dans le ciel. Bientôt il se mit à tomber de noirs chapeaux melons. Et soudain la lumière s’est éteinte, j’ai alors allumé le seul plafond que j’ai trouvé au fond d’un tiroir. Puis j’ai bu plusieurs orages de jus de fruits jusqu’à ce que le sommeil tombe sur moi comme un coup de désert. »

On peut composer d’autres textes de ce genre et de plus réussis. Leur intérêt sera de nous délivrer des images et des mots. Comme dit Laozi : « La grande image est sans image, et cependant inépuisable » (Daodejing, p. 35). Avec ce genre d’exercice on met en pratique aussi la définition du Tchan : « aucune dépendance à l’égard des mots et des lettres » (La transmission de la lampe). C’est la praxis de la « libération de Psyché ».

La phrase « j’ai mangé deux acacias brouillés » ne veut rien dire. En supprimant le mot « œuf » j’ai tué le sens de la phrase. Tuer le sens, c’est tuer les repères, c’est tuer son père. Construire ce genre de phrase s’appelle le meurtre du père. L’introduction du mot « acacia » dans cette phrase est en position indécente, impure, disons le plus nettement, incestueuse. Il manifeste une impudique transgression textuelle. C’est un inceste. Car les acacias, même brouillés, ne se mangent pas. En utilisant ce mot à la place de l’œuf, en l’élisant de manière indécente, sans autre cause que mon désir, je n’ai rien fait d’autre qu’épouser ma mère. Ainsi les lapsus, les actes manqués, les rêves, les associations libres sont autant de manières d’exorciser l’Œdipe. C’est le principe de la cure par la parole. Parler c’est libérer. Utiliser la méthode Magritte c’est réaliser la dernière étape du mythe œdipien, la sortie de l’Œdipe, le moment où l’oracle annonce que « le pays qui verrait la tombe d’Œdipe serait béni par les dieux » (Grimal). La sortie de l’Œdipe c’est donc l’abondance et la prospérité. Pourquoi ? Parce que c’est la libération, par la mise au tombeau du conscient, de ce qui était refoulé et donc, l’accès créateur au langage de l’inconscient.

La prochaine fois nous lirons un conte d’Eugène Ionesco « pour enfant de moins de trois ans ». Pourquoi moins de trois ans ? Parce qu’à cet âge l’inconscient est pour ainsi dire à ciel ouvert. Nous y verrons que le téléphone s’appelle fromage mais que le fromage ne s’appelle pas fromage mais boîte à musique et que celle-ci s’appelle tapis, le tapis lampe, le plafond s’appelle le parquet, le mur s’appelle la porte. Comme nous avons déjà tous eu trois ans nous pouvons nous autoriser à l’audition de ce conte difficile pour certains mais illustrant le « dit fissible » pour les autres.

« La psychanalyse, disait Lacan à Vincennes en 1969, ça ne se transmet pas comme n’importe quel autre savoir. » C’est une logique spéciale, une logique du devenir, de l’incomplétude, hors des principes de la logique formelle. Lacan était venu à Vincennes avec sa chienne Justine qui se mit à aboyer et dont il déclara : « c’est la seule personne que je connaisse qui sache ce qu’elle parle — je ne dis pas ce qu’elle dit — car ce n’est pas qu’elle ne dise rien : elle le dit mais pas en paroles ».

Si nous traduisons « analyse » par libération, qu’est-ce alors qu’un psychanalyste ? Lacan nous dit : « le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même » (Silicet du 9/10/1967 et Lettre aux Italiens, de 1974), et non pas de « soi-même », ce qui serait s’autoriser de sa propre réflexion. Cela signifie en outre qu’il ne dépend d’aucune autorité, d’aucun savoir, d’aucun Autre, mais de sa seule praxis, et de celle de quelques autres. Qui sont-ils ? Ce sont ses analysants. Le psychanalyste est un grand A barré. Et il n’y a pas d’Autre de l’Autre qui justifierait par sa sommité la position d’analyste. En ce sens, il n’y a pas d’analyste, mais seulement de l’analyse.

C’est-à-dire un processus de libération qui ne s’arrête sur aucune image. S’arrêter sur une image c’est perdre le mouvement, l’interdire, le changer en son contraire. C’est faire en sorte qu’Ulysse ne rattrape pas la tortue. L’analyste est donc quelqu’un qui réinvente à chaque fois son métier. D’où, comme dit Lacan « la psychanalyse est la mise en question du psychanalyste » (Écrits, p. 41). « L’analyste est en question même dans le silence » (Écrits, p. 359). La séance analytique est un processus de libération qui n’est attribuable ni à l’analyste ni à l’analysant. L’analyste est, pourrait-on dire, une sorte de libertaire ou de libertarien qui ne s’autorise que de lui-même. Que signifie auto ? Auto signifie le « même », qu’on peut entendre comme « m’aime », d’où « répéter ce n’est pas retrouver la même chose » (Séminaire XIV, p. 11). Ainsi, comme dit Aragon : « Tu peux m’ouvrir encore les bras c’est toujours la première fois. » La liberté donc ne s’autorise que de son propre désir. La liberté est libre même de ne pas être libre.

La psychanalyse nous apprend que la réalité est fondamentalement du fantasme, « fantasme qui fait le plaisir propre au désir » (Écrits, p. 773). Elle nous apprend à savoir y faire avec notre fantasme (La logique du fantasme, séminaire XIV), car tout, réel, imaginaire et symbolique, se réduit à du langage. Enfermés dans la conscience réfléchie, en revanche, c’est survivre hébété dans l’enfer des personnages du film Shutter Island.

Télévision

La dernière fois nous nous étions arrêtés au gay savoir : « À l’opposé de la tristesse, il y a le gai savoir » (Télévision, p. 40). D’où : « La tristesse est une faute morale », soutenait Lacan. Et comme le remarquait Gide : « Si je suis triste, je, me trouve grotesque ». Ceci nous amenait au bonheur. L’inconscient est heureux (Télévision, p.40). Comme dit Rimbaud dans son poème « Ô saisons, ô châteaux » : 
« J’ai fait la magique étude du bonheur que nul n’élude ». Donc, disait Lacan, « l’étonnant ce n’est pas qu’il soit heureux sans soupçonner ce qui l’y réduit, sa dépendance de la structure (c’est-à-dire au langage), c’est qu’il prenne idée de la béatitude, une idée qui va assez loin pour qu’il s’en sente exilé ». L’étonnant c’est donc l’expansion du bonheur qui parle, c’est-à-dire qui va toujours par-delà lui-même, par de là tout ensemble sans s’arrêter, pour ainsi dire, dans aucun château. Quand on est trop riche en bonheur on se sent comme exilé des autres mondes. Qu’est-ce que cet exil ? Un isolement ? Un bannissement ?

« Heureusement que là, explique Lacan, nous avons le poète pour vendre la mèche : Dante que je viens de citer, et d’autres, hors des roulures (roulure est le mot vulgaire pour désigner les prostituées) hors des roulures de ceux qui font cagnotte au classicisme », c’est-à-dire de ceux qui savent lire mais qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent et se pétrifient dans les lettres et les mots dont la bonne psychanalyse sait nous délivrer.

Avec son amour pour Béatrice, Dante, nous dit-on, dans La vie nouvelle comme dans La Divine Comédie, montre que la femme est ce par quoi l’homme accède « aux choses célestes », au vide, au bonheur. La femme est « l’autre jouissance ». Mais comment y accède-t-il ? Béatrice lui dit que c’est Dieu qui la comble : « C’est même de sa bouche à elle qu’il nous provoque à en recevoir l’assurance. » (Télévision, p.42). Pourtant, si c’est seulement cela, s’il n’y a que Dieu pour nous combler, en fin de compte, c’est l’ennui. « À quoi répond en nous ennui, souligne Lacan. Mot, poursuit-il, dont à faire danser les lettres comme au cinématographe jusqu’à ce elles se replacent sur une ligne, j’ai recomposé le terme unien, dont je désigne l’identification de l’Autre à l’Un. Je dis l’un mystique à l’autre comique » (Id.). Si Dieu est Dieu, comme on dit, c’est l’ennui, l’unité gravitationnelle de l’ennui. Mais si, à la manière de « ceci n’est pas une pipe » nous disons : « Ceci n’est pas Dieu » et que nous le réidentifions librement, à la manière de Magritte, ça change tout. D’ailleurs on peut faire danser, comme dit Lacan, les lettres qui composent le mot Dieu jusqu’à ce qu’elles se replacent sur une ligne pour composer un autre mot, le mot Vide. Nous dévoilons alors une « autre jouissance », la jouissance de la femme. Le vide est ce qui jouit des formes et les formes ce qui jouit du vide. Le Saint se dévoile alors tel « l’heureux but de la jouissance » (Télévision, p.29)

Ensuite, Lacan évoque Aristophane, qui, dans Le Banquet de Platon, expliquait l’amour par l’image d’ une « bête à deux dos » que Zeus aurait coupé en deux. Ce qui ferait que les deux moitiés se recherchent sans cesse. Freud, en décrivant la névrose, reprend aussi cette perspective. L’amour comme principe de vie consisterait donc à unir : « comme si, ironise Lacan, à part une brève coïtération, on avait jamais vu deux corps s’unir en un. ».

Le corps habite le langage. L’affect, le trouble, c’est quand le corps n’y trouve pas son logement, un logement « pas de son goût tout au moins, dit Lacan. On appelle ça la morosité, la mauvaise humeur aussi bien. Est-ce un péché, ça, un grain de folie, ou une vraie touche du Réel ? » (id.).

Ceci démontre, en tout cas, que l’affect qu’on décrit comme un changement dans le corps et l’esprit, relève essentiellement du langage de l’inconscient. : « Vous voyez, dit Lacan, qu’ils auraient mieux fait les SAMCDA, pour le moduler, de prendre mon crincrin. Cela les aurait menés plus loin que de bayer aux corneilles. »

Dans le séminaire XI Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse Lacan explique ce qu’est la pulsion (Treib en allemand). Sur ce sujet il recommande spécialement les chapitres de six à quatorze.

Le groupe des chapitres 6, 7, 8, 9 est titré : « Du regard comme objet petit a ». Le titre de chacun des chapitre nous informe déjà sur leur intérêt. Le chapitre 6 est intitulé : « La schize de l’œil et du regard ». Schize signifie séparer comme dans schizo, schizophrène. L’œil est ainsi séparé du regard. Le chapitre 7 s’intitule : « L’anamorphose ». On appelle anamorphose la transformation par un procédé optique d’un objet que l’on rend méconnaissable mais dont la figure initiale est restituée par un miroir courbe. (Voir le schéma optique et l’expérience du bouquet renversé de Bouasse dans Écrits p. 674 et p. 132 des Quatre concepts). Le chapitre 8 est intitulé : « La ligne et la lumière ». Comme on dit dans le Tchan : « Je regarde la montagne et la montagne me regarde ». Lacan explique p. 89 : « Tu vois cette boîte ? Eh bien, elle, elle ne te voit pas, lui dit-on. À quoi il rétorque : si la boîte ne me voit pas c’est qu’en un certain sens, tout de même, elle me regarde. Elle me regarde au niveau du point lumineux, où est tout ce qui me regarde, et ce n’est point là métaphore. » Ceci marque, comme dans l’aphorisme du Tchan « Le triomphe sur l’œil du regard » (p. 95). Le chapitre 9 est intitulé « Qu’est-ce qu’un tableau » où est expliqué encore une fois que « Dans son rapport au désir la réalité n’apparaît que marginale » (p. 99). Témoin Magritte comme nous l’avons vu. Les chapitres 10, 11, 12, 13, 14 sont titrés : « Le transfert et la pulsion ». Le chapitre 10 s’intitule : « Présence de l’analyste ». L’inconscient y est défini comme « pulsation temporelle ». « La présence du psychanalyste, par le versant même où apparaît la vanité de son discours, doit être incluse dans le concept même de l’inconscient… Elle justifie le maintien, à l’intérieur de l’analyse, d’une position conflictuelle nécessaire à l’existence même de l’analyse. » Le chapitre 11 est intitulé : « Analyse et vérité, ou la fermeture de l’inconscient ». Il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Voir le schéma optique de Bouasse (p. 132). « Le transfert est la mise en acte de la réalité de l’inconscient » (p. 133). Le chapitre 12 s’intitule : « La sexualité dans le défilé des signifiants ». On y verra que « la réalité de l’inconscient est sexuelle » que « l’astronomie chinoise est fondée sur le jeu des signifiants » Le chapitre 13 est intitulé « démontage de la pulsion ». « La constance de la pulsion interdit toute assimilation de la pulsion au biologique » (p. 150). « Qu’aucun objet, aucun besoin, ne peut satisfaire la pulsion » (p153). Le chapitre 14 est intitulé « La pulsion partielle est son circuit ». « La pulsion ne peut être séparée de son aller-et-retour, de sa réversion, fondamentale, de son caractère circulaire » (p.162). Tous ces chapitres démontrent « ce que l’on gagne à ne pas traduire Trieb par instinct, et, serrant au plus près cette pulsion, de l’appeler dérive » (Télévision, p.42). Dérive, c’est-à-dire déviation produite par le langage inconscient. Ensuite « à en démonter, puis, remonter, collant à Freud, la bizarrerie ».

En traduisant Trieb, pulsion, par dérive, « Pulsions et destin des pulsions » devient « Dérives et destins des dérives ». Dérive de vie et dérive de mort.

Ce qui fait mieux comprendre, nous semble-t-il, ce qu’il en est de la condition humaine.

L’un de la science est un fragment du cercle. La poussée de la dérive est la poussée du vide, ou Chaos, en grec, figuré par le cercle.

C’est, comme nous l’avons vu la dernière fois, le Tai Ji, ou « nœud trivial » en topologie :

太極圖

Tai Ji : le sommet suprême : l’état de vide avant toute distinction.

Le vide, comme dit la physique quantique, est une poussée. Toute poussée engendre une bifurcation. Ce que la tradition chinoise représente par le célèbre dessin : 
 Dessin du sommet suprême, O, et de la bifurcation Yin et Yang

太極陰陽圖(又稱「太极兩儀圖」、「兩儀圖」

Le O est le discours de l’analyste et le S, son « dit fissible » qui articule le langage à partie double, c’est-à-dire les quatre autres discours. Le blanc est le discours du maître, le noir le discours de l’hystérique, le noir dans le blanc est le discours du capitaliste, le blanc dans le noir le discours universitaire.

L’un est le symptôme que montre le nœud borroméen à quatre ronds. Les trois ronds sont posés les uns sur les autres. Ils ne sont pas noués. Donc ils ne tiennent pas ensemble. C’est un quatrième rond, en gras, que Lacan définit comme étant le symptôme, qui passe alternativement sur chacun d’eux et qui ainsi maintient ensemble le Réel, l’Imaginaire et le Symbolique.

C’est « la quadruple instance dont chaque pulsion (R, S, I et symptôme) se soutient de coexister à trois autres ». Chacun des ronds fait tenir ensemble les trois autres. « Quatre, dit Lacan, ne donne accès que d’être puissance, à la désunion à quoi il s’agit de parer, pour ceux que le sexe ne suffit pas à rendre partenaires » (p.43).

Concernant le symptôme Lacan évoque pour finir la célèbre phobie du petit Hans.

Le petit Hans fait partie des cas exposés dans les Cinq psychanalyses de Freud (1909). Il s’agit d’une phobie infantile permettant à Freud de mettre en évidence le rôle du complexe d’Œdipe. L’Œdipe est la source de toutes les névroses, c’est-à-dire de tous les symptômes. Le nœud à quatre ronds figure le symptôme, mais dit Lacan « je n’en fait pas l’application dont se distinguent névrose, psychose et perversion ».

La prochaine fois nous verrons avec Ionesco ce qu’est le langage inconscient. Nous pointerons ce qu’est le refoulement, l’Œdipe, la sexualité dans le Dao, et la montée du racisme due à l’égarement de la jouissance.

Je vous remercie.

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Rubrique : {Télévision, Chan et pensée chinoise}

Cartel sur « Télévision »

La mort du signe linguistique

6e séance (25 février 2010)

Le vendredi 23 avril 2010 par Guy MASSAT

Guy Massat, « La mort du signe linguistique », sixième séance du séminaire 2009-2010, au café Clovis, le jeudi 25 février 2010.

« L’inconscient, ça n’a rien à faire avec l’inconscience », dit Lacan dans son séminaire XXIV : L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre. C’est-à-dire que l’inconscient n’est ni la conscience ni le préconscient et encore moins l’inconscience qui est le coma, sommeil profond, ou, au sens figuré, l’aveuglement. C’est, bien plutôt, la conscience qui s’évanouit dans le temps, se ferme et s’aveugle. Elle s’enferme et se barricade contre le temps dans l’illusion de croire qu’elle a conscience d’avoir conscience de quelque chose. Comme dit Lao zi : « Les cinq couleurs aveuglent l’homme ; les cinq sons assourdissent son ouïe ». Il y a entre l’inconscient et l’inconscience la même différence qu’il y a entre l’ignorant et l’ignare qui ignore qu’il ignore.

L’inconscient c’est l’éveil. L’inconscient c’est « l’ouvert ». C’est la conscience qui est sommeil. La conscience c’est la nuit, nyx, avec ses abominables enfants que dénonce Hésiode dans sa mythologie. La conscience et ses rêves sont des fantasmes à déchiffrer. Dépressions, angoisses sont d’abord des consciences de dépression et d’angoisse, ou, comme dit Lacan, des « fautes morales » (Télévision, p. 39)

L’inconscient est le mouvement qui part d’avant, accompagne et va par de là les consciences. « La vie n’est pas un songe », dit Lacan, parce que, la vie, le souffle vital, psyché, l’inconscient, c’est le réel (séminaire XI, Les Quatre Concepts, p. 53), le réel d’avant les fantasmes de la réalité. Le réel dont se dédoublent les semblants. C’est la parole du maître-inconscient qui est fait d’effets.

Gardons en mémoire le processus primaire de Freud. Un des secrets de Lacan consiste à privilégier ce processus primaire ou première topique, vous vous souvenez : « inconscient, préconscient, conscient ». Les psychanalystes américains (l’IPA) favorisent la deuxième topique, « ça, moi, surmoi » pace qu’elle s’applique plus facilement à la réalité consciente, ce qui les inscrit, de fait et de droit, à la SAMCDA (Société d’Alliance Mutuelle contre le Discours Analytique, à entendre comme « ça me céda », ou, « l’inconscient sera aboli » ou « le conscient doit domestiquer l’inconscient »). Coacher le moi, en croyant que « le moi doit déloger le ça » en faveur de normes idéologiques, renforce la culpabilité et la malveillance des Parques. Cette psychanalyse sans inconscient freudo-lacanien ne produit, que du S barré : $, du sujet insatisfait, pire, du sujet riant pour donner l’apparence de la satisfaction en simulant le bonheur.

L’inconscient, de Freud et de Lacan, c’est de la parole, mais une parole d’avant les choses et qui échappe à la parole ordinaire comme à la parole soi disant savante. Ce n’est pas la parole de l’énoncé mais celle de l’énonciation. « Dao ke dao fei chang dao », disait déjà Lao zi, 道可道,非常道, c’est-à-dire : « la parole véritable n’est pas la parole normale. »

Qu’est-ce que cette parole hors norme, cette parole de l’énonciation, cette parole d’avant l’impérialisme du principe d’identité et à quoi peut-elle servir ? C’est d’abord une parole qui désarme, et dont tout le monde est pourtant armé. Comme on l’a vu la dernière fois, il s’agit de la parole en tant que ligne ouvrante de fraction, de division qui sépare, en les produisant, le signe du sens, le signifiant linguistique de son signifié. Pourquoi s’y intéresser ? Elle sert à remettre l’inconscient en mouvement, tout spécialement lorsqu’il est refoulé, englué, bloqué par les pétrifications obsessionnelles des signifiés qui le contraignent à faire son retour brutal sous forme d’angoisse, de dépression et de souffrances diverses. Cette parole se distingue de l’énoncé de toute communication au sens ordinaire et technologique du terme.

Que dit cette parole surprenante de l’inconscient ? Elle dit : « va par delà toute conscience, va par de là tous les ensembles de conscience… Je suis la vertu du gai savoir » (Télévision [T], p. 40). Cette parole d’avant la parole rend possible la relecture des textes anciens ou modernes, pour une nouvelle écoute, et une amplification de leurs énoncés à travers le temps. C’est une sorte de plus value et de plus de jouir de toute parole. C’est la parole qu’écoute l’analyste dans celles de l’analysant. C’est, pourrait-on dire, la parole du rien, 無, du rien antérieur à toutes choses. Elle consiste « non pas à comprendre, à piquer dans le sens, comme dit Lacan (T., p. 40) mais à le raser d’aussi près qu’il se peut sans qu’il fasse glu et jouir du déchiffrage ». Ce rien, encore une fois, n’est pas le rien nihiliste de la pensée occidentale qui nécessairement nie quelque chose qui est déjà là. Tel le « il y a » occidental, le « il y a quelque chose » et seulement après, cette chose peut être niée. L’être d’abord puis le néant après, et non pas le « parlêtre », ce concept lacanien qui devait remplacer le terme d’inconscient. L’inconscient de la philosophie et de toute la pensée occidentale vient après le conscient, tandis que, à partir de Freud, pour la psychanalyse comme pour la pensée chinoise, c’est l’inverse, l’inconscient est d’abord, le rien, wu, 無, est d’abord. L’inconscient, toute la psyché, tout « le souffle vital », est avant le conscient. Le vide précède les formes. Les formes viennent après le vide. Le rien est scansion la créatrice.

Pour la linguistique, la « linguisterie », comme dit Lacan, le signe est l’ensemble unitaire que forme la partie sensible du signifiant (sons, lettres) et la partie abstraite, le signifié. Signifiant et signifié servent à la communication, la barre de fraction qui les sépare c’est ce que nous appelons la ligne ouverte de la parole de l’inconscient : S/s. Cette ligne ouverte est, à strictement parler, la mort du signe, la mort du signe linguistique. Car, « dans un langage, explique Lacan, les signes prennent leurs valeur de leur relation les uns aux autres dans le partage lexical des sémantèmes (le texte) autant que dans l’usage positionnel, voire flexionnel des morphèmes (le sens), contrastant avec la fixité du codage ici mis en jeu » (« Fonction et champ de la parole et du langage », Écrit, p. 297).

Pour illustrer cette explication qui peut nous sembler, au premier abord, compliquée servons-nous du poème « le Cygne » de Sully Prudhommes. Mais, en entendant le signifiant « cygne » non pas comme désignant l’oiseau, mais, arbitrairement, par une « liberté libre » pour utiliser l’expression de Rimbaud, celui de « signe » comme si les cygnes étaient des signes et les images des mots. Le lac des cygnes deviendrait ainsi le « Lac’an des signes, le lac est l’entrelacs des signes ». Signe signifiant (sémantème) et signe signifié (morphème), forment ensemble le cygne noir de la linguistique. Tout le monde adore les cygnes. Mais c’est le signe qu’il faut tuer. De toute façon le signe de la lingusterie est toujours mis à mort par sa propre ligne fractionnelle, la flèche de l’inconscient. Inutile de rappeler que les poètes, en nous parlant d’une chose, nous parlent toujours d’autres choses, que la parole poétique ne se réduit pas à une communication unilatérale mais à la plus value non dite, ineffable, gratifiant, épanouissant telle une fleur, les autres dimensions de la parole. Ce trait appelle l’écoute. A chacun de faire l’expérience du ça parle et du ça écoute. Plus ça écoute plus ça parle. La lettre S ne ressemble-t-elle pas à un cygne, et le mot n’a-t-il pas la sonorité du signe et le signe n’est-il pas l’anagramme de singe ? On désigne par « esse », non pas le singe de l’être, mais toute sorte d’instrument ressemblant à un crochet, tant chez les musiciens que chez les bouchers. Sur une suggestion d’une auditrice C. Soumagne, Maud Ribler de la Compagnie du Théâtre de l’Epopée, va nous lire, pour illustrer ces métamorphoses sonores, le poème « le Cygne », de Sully Prudhomme, sur la musique de Tchaïkovski, intitulée « La mort du cygne » dont nous détournons, odieusement, le titre en « la mort du signe linguistique ». Nous tuons le mot cygne en disant signe. Car dire et différent de lire. Nous verrons ce que ça engendre. L’inconscient-maître est fait d’effets et le maître-effet défait. Les cygnes chantent avant de mourir, nous dit-on, la mort du signe linguistique ouvre sur le chant apollinien cygnes de l’inconscient. La mythologie rapporte qu’à la naissance d’Apollon et d’Artémis des cygnes firent sept fois le tour de leur île flottante.

[Lecture du poème]

Après la mort du signe linguistique qui inaugure, avec Freud et Lacan, l’éveil de l’inconscient lequel, tel le cygne du poème dormait « la tête sous l’aile entre deux firmaments » nous pouvons faire parler les mots autrement qu’ils ne s’expriment dans les dictionnaires, et spécialement le mot « psychanalyse ». Certes, comme on l’a vu (T., p. 17), « une pratique n’a pas besoin d’être éclairée pour opérer. » Mais aujourd’hui le temps n’est-il pas venu de définir ce qu’on entend par psychanalyse ?

M. Charles Hanly en tant que président actuel de l’IPA (Association Psychanalytique Internationale) va nous donner la définition de la psychanalyse. Rappelons que cette association fut fondée par Freud en 1910. Nous tenons là une excellente illustration du refoulé et tour du refoulé ou du comment un message, celui de Freud, revient à son émetteur sous une forme inversée. L’IPA compte plus de 12.000 membres dans plus de 40 pays avec une percée importante en Chine.

Voici donc comment le président de l’IPA définit la psychanalyse : « La psychanalyse… est la domestication de la vie instinctive et la quête de l’autonomie du soi » (Philosophie Magazine, février 2010, p. 77). Cette définition, qui est parfaitement exacte pour définir la morale, la religion, la philosophie et toute la pensée occidentale prônant la supériorité du conscient, comment pourrait-elle s’appliquer à la définition de la psychanalyse de Freud et Lacan qui soutient précisément le contraire : la supériorité de l’inconscient sur le conscient. Comment la psychanalyse serait-elle « l’autonomie du soi » puisque le soi se définit comme la conscience réfléchie qu’un individu peut avoir de lui-même ? La définition de l’IPA est le syndrome de la Samcda œdipienne qui, espère qu’un jour une molécule permettra au moi de déloger le ça, d’abolir l’inconscient. Pour cela, il faudra que l’homme ne parle plus que la même langue, une langue unique, sans jamais faire de lapsus, d’acte manqué, ou de fautes d’orthographe… Ce qui n’est pas encore pour aujourd’hui.

La psychanalyse, comme la cure psychanalytique, se définissent, tout au contraire par la mise en mouvement de l’inconscient. Certes, « analyser » c’est distinguer en les séparant les éléments d’un ensemble. Mais cette définition s’applique au sens second du terme analyse. C’est l’analyse du conscient. Soulignons encore une fois que le terme grec « analyse » a pour première définition : « libération » (Bailly). La psychanalyse n’est pas « la domestication de la vie instinctive ». Au contraire c’est la libération (analusis, αναλυσις) du souffle vital (psyché, ψύχη). Comment dit-on « souffle vital » en chinois ? On dit Qi (prononcez tchi) : 氣, comme dans Qi Kong 氣空, « souffle du vide ». Les graphies les plus anciennes du caractère Qi représentent des souffles qui montent et qui descendent nourrissant le ciel et la terre. Ciel et terre qu’on peut interpréter comme des images du signifié et du signifiant : s/S. Nous comprenons donc dès lors que Lacan distingue la fausse et la vrai psychanalyse. Rappelons-nous que l’IPA a interdit à Lacan en 1963 de tenir son séminaire sur Les noms du père (voir Jacques Lacan d’Éric Porge, p. 295). Pourquoi interdire à Lacan « les noms du père » ? Parce qu’il y réduisait l’Œdipe à du langage et le père à la polysémie du signifié. L’inconscient est du langage, donc l’Œdipe est nécessairement une métaphore du langage. Ce n’est qu’ainsi qu’Œdipe est universel, et, véritablement « la source de toutes les névroses » comme disait Freud.

C’est par le langage qu’on peut casser l’œuf du langage qui nous emprisonne : l’œuf d’Œdipe. Les Grecs ne croyaient pas à leurs dieux. Ils savaient qu’ils ne représentaient que des mots. D’ailleurs le terme « mythologie » est composé de deux termes qui signifient chacun parole, muthos et logos. C’est la parole dans la parole. L’Œdipe ne dépend pas d’un modèle culturel et social ou d’une conception biologique de la famille. Si l’Œdipe a une famille c’est celle des mots. On naît foutu dans les mots. Nos pères et nos mères ne sont que des signifiants et des signifiés. Lorsqu’ils divorcent on a l’impression de ne plus rien comprendre. Pourtant c’est à ce moment que ça reprend la parole. D’où le conseil plein de bienveillance du Chan : « Si vous rencontrez vos parents, tuez-les ».

La cure psychanalytique c’est la mise en mouvement de l’inconscient. En parlant sans savoir, en pratiquant l’association libre, on dénoue nos résistances pathologiques libérant ainsi un renouvèlement du « souffle vital ». Le saint, que Lacan assimile au psychanalyste, ne peut donc être le saint d’aucune religion. C’est un saint sans religion, fut-elle laïque. Toute religion, selon Freud, est fondamentalement une illusion. Reste le saint dont le seing marque : « sans religion ni rejet de la religion ». Le saint des cinq discours. Le saint de la Grande Santé, selon Nietzsche, le saint qui ne se nourrit qu’au sein de sa propre parole laquelle ne se nourrit que d’elle-même. Entre blanc et non blanc, pour prendre ce qui caractérise le principe d’identité et « l’autonomie du soi » selon l’IPA, le saint analyste est cette différence fractionnelle qui permet de distinguer le blanc du non-blanc. En somme le Saint de Lacan est le tiers exclu, la « position du mort ». Le tiers exclu, déchet pour la linguistique et la logique, est pareil à la barre fractionnelle du S/s, entre le signe et sens.

Topologie des nœuds du temps
(suite cartel n° 4)

曲则全,枉则直
qu ze quan,wang ze zhi
Qui sait se plier sait aussi résister.

En topologie il y a des nœuds dans l’ombre. Ce sont des nœuds trompeurs car on ne voit pas les dessus-dessous. Ce sont les nœuds vus dans le miroir du conscient. Voici un nœud borroméen dans l’ombre qu’on peut dessiner à partir de la lettre A.

Pour le réaliser il suffit de faire une courbe allant du 1 jusqu’au 2. Sans lever le crayon passer du 3 jusqu’au 4 et faire une courbe jusqu’au 5. Puis, sans lever le crayon, passer du 6 au 7 et faire une courbe vers le 1.

Ce borroméen dans l’ombre est une manière de revisiter le mythe de la caverne de Platon. Mais au lieu que ce soit la lumière du conscient qui rende compte de la vérité, ici c’est le conscient qui est l’ombre de l’inconscient. C’est un platonisme inversé.

« RSI, mon nom pour la psychanalyse », disait Lacan pour résumer son œuvre. Il proposait l’écriture borroméenne de l’inconscient et sa topologie des nœuds. Il appartient aujourd’hui à ses successeurs de se débrouiller en se mettant au travail dans cette dimension.

Pour comprendre la topologie lacanienne il faut d’abord se souvenir de la formule de Desargues que nous avons déjà vue : « Toute ligne, allongée à l’infini de part et d’autre, est un cercle ». Se souvenir aussi que l’écriture chinoise a pour origine les lignes brisées obtenues en chauffant des os ou des écailles de tortue. C’est le tracé ouvrant de la parole : O. C’est ce qui ouvre la topologie lacanienne des nœuds, et, dans la physique moderne, « les fluctuations du vide ». L’ensemble vide en mathématique est représenté par un O rayé : ∅. En chinois, c’est le Tai Ji, ou « nœud trivial » en topologie.

太極圖

Tai Ji

Le sommet suprême : l’état de vide avant toute distinction.

太極陰陽圖(又稱「太极兩儀圖」、「兩儀圖」

Dessin du sommet suprême et de la bifurcation Yin et Yang

La conscience n’est que l’ombre de l’inconscient. La réalité n’est que le théâtre des ombres de l’inconscient, toutes pareilles aux ombres chinoises. « Le monde (Umwelt) est un fantasme », explique Lacan, « une grimace du réel » (T., p. 17), le réel étant l’inconscient. L’écriture n’est que le fantôme des ombres.

L’objet petit a et le chan

Dans la clinique l’objet petit a sert, spécialement au psychotique, à suppléer le trou de l’inconscient, à le boucher en quelque sorte. Mais, en expérimentant des points de vue différents, on peut éclairer autrement la clinique de l’objet a. On peut le voir comme « la lettre volée » ou la « lettre détournée » « qui arrive toujours à sa destination » comme dit Lacan (Lacan, Écrits, p.41).

Ainsi, comme nous l’avons déjà souligné, le Chan ne signifie pas méditation mais absorption, « manger », faire disparaître, résoudre, dissoudre, absourdre. La ligne qu’on voit sur le site de l’autel dans le caractère primitif qui sert à traduire Chan est fondamentale :

Puisque, comme on l’a vu avec Desargues, toute ligne, allongée à l’infini de part et d’autre est un cercle. C’est la ligne ouverte de la parole, la rivière de l’illumination, l’ensemble vide, le zéro du nirvana, d’où le « un » comme simple fragment du zéro.

L’ob-jet (jet, jaillissement, ob, devant) a est dit « petit » parce que le fragment, l’abrégé, la concision, la rapidité produisent la prolifération et la puissance. Ce sont les particules les plus brèves, nous disent les physiciens quantiques, qui sont les plus puissantes.

L’ob-jet « petit a » selon Lacan se présente par cinq éclats principaux : 1°/ Le sein. Le sein représente la première chose dont on se nourrit. De quoi se nourrit la parole de l’être parlant ? La parole de l’être parlant se nourrit d’elle-même. Elle s’absorbe elle-même. Elle est volonté de jouissance et éternel retour d’elle-même : O, se nourrissant de la disparition de lui-même. Comme l’amour, la parole fait cercle sur elle-même en couronnant la fin par le début réalisant ainsi la perfection de la pulsion orale. C’est la pulsion se retournant sur elle-même. (Freud, « Destin des pulsions »).

2°/ Les fèces. Les fèces représentent l’impermanence de la matière. Les corps et les esprits passent comme des fèces. Cela nous conduit à la grande modestie. Inutile « de se la péter » comme on dit, nous passerons tous comme des fèces. C’est leur impermanence qui rend les fèces fertiles, comme tout ce qui pourrit. Toutes les choses, grossières ou subtiles, parce qu’elles passent, se démasquent comme étant des fèces. Tous les univers se réduisent à la pulsion anale du temps, aux fèces du temps. Tandis que pour le ça, le sans nom, le temps, justement ce qui passe, ce qui fractionne, il n’y a pas d’arrêt sur fèces. Il n’y a pas de fèces. Dans la mobilité du ça pas d’envers, pas de rives, tout passe. Donc, comme on peut dire en français « le ça n’est pas le sale ». Il va par delà, vide comme le temps. Il est la poussée continue qu’est le vide. Ainsi le maître Chan Houei neng (Xe siècle) peut-il enseigner : « Tout est vide depuis le commencement où y aurait-il du sale ? » Il n’y a pas de sale dont on pourrait se culpabiliser, pas de saleté à refouler, ni qui se transfère, pas de saleté qui se répéterait pour de pauvres bénéfices. L’objet a est la richesse des fèces qui, pareilles au temps, produisent la fertilité en disparaissant. C’est la mort fertile qui se dépense et ne se pense pas.

3°/ La voix. La voix représente la force. La pulsion sonore du petit a peut être à la fois silence quasi absolu et montée d’une tonalité si forte qu’elle peut tuer ou déraciner les arbres. Spécialement déraciner l’arbre des philosophes et de toutes les consciences (voir Descartes).

4°/ Le regard. Le regard représente la fulgurance de la pulsion scopique. Le regard du petit a est si puissant que là où il regarde les fleuves remontent jusqu’à leur sources. Spécialement les fleuves religieux de la honte.

5°/ Le rien. Le rien représente la scansion de la pulsion créatrice. Le rien est la création-négation en tant que scansion de la parole : 無. Comme dit Mallarmé « rien, le seul objet dont le néant s’honore ». « Wu, rien, dit Laozi, c’est l’origine du ciel et de la terre » : Wu ming tian di zhi shi, 無名天地之始.

Télévision

Dans une séance précédente nous avions vu que l’âme était définie en tant que poids et mesure. Nous avons vu que l’âme n’était que « la somme des fonctions du corps », lequel était un effet du langage inconscient. Lacan contredisait ici Aristote en expliquant que l’homme ne pensait donc pas avec son âme, comme l’affirme toute l’histoire de la philosophie mais qu’il pense avec le langage inconscient lequel découpe les corps et les esprits à sa façon, en tout cas d’une façon « qui n’a rien à voir avec l’anatomie » (Télévision, p.16) ni avec la logique.

Aujourd’hui (T., p. 34) il sera question de l’affect distingué par Lacan de « l’énergie naturelle ». L’affect, d’une manière générale, est défini comme étant un changement se produisant dans le corps et le mental. Sa distinction avec ce qu’on appelle « l’énergie naturelle » est importante car cette expression sert à tout et à n’importe quoi, notamment dans les discours débilitants sur les techniques extrême-orientales.

L’énergie naturelle, nous devons considérer, en dépit des apparences, qu’elle est fondamentalement passive. Même quand elle est aussi puissante que le sont les fleuves ou les chutes d’eau, la résistance des roches, ou la force les tempêtes. Toutes les forces naturelles sont passives car elles n’ont pas d’autonomie, elles dépendent les unes des autres et en dernier ressort de la parole. Si elles étaient autonomes elles pourraient agir par elles-mêmes. Les fleuves pourraient remonter jusqu’à leur source, les feux s’allumer ou s’éteindre sans raison, la terre s’évaporer à sa fantaisie et l’air souffler ou se reprendre quand il le voudrait. Bref, l’énergie naturelle ne serait pas maîtrisable par l’homme.

L’affect, nous montre Lacan, conformément à la découverte que l’inconscient est du langage, n’est pas dû à l’âme. L’affect est une interférence de la parole de l’inconscient, c’est complètement différent de la mesure de l’âme. L’affect est donc antérieur à l’âme, au corps et à l’esprit.

[Lecture du texte sur l’affect, de la page 34 à 39.]

Avant de continuer avec la page 39 où il est question du bonheur, revenons à la question que pose l’interviewer (p. 33) :

« Depuis que vous avez avancé votre formule, l’inconscient est structuré comme un langage, on vous oppose, sous des formes diverses : ce ne sont là que des mots, des mots, des mots. Et de ce qui ne s’embarrasse pas de mots qu’en faites-vous ? Qu’en est-il de l’énergie psychique ou de l’affect, ou de la pulsion ? »

Compte tenu de ce que nous avons dit plus haut vous voyez tous, j’en suis sûr, la débilité, de la question. Réponse de Lacan :

« Vous imitez là les gestes avec lesquels on feint un air de patrimoine dans la SAMCDA [Société d’Alliance Mutuelle Contre le Discours Analytique] ».

[Lecture du premier paragraphe, p. 33.]

« C’est avec un pied de nez que je sors comme ça aujourd’hui, histoire de rire à la télé, la SAMCDA. C’est expressément à ce titre que Freud a conçu l’organisation, à quoi ce discours analytique, il le léguait. Il savait que l’épreuve en serait dure, l’expérience de ses premiers suivants l’avait là-dessus édifié. » En effet, les premiers disciples de Freud l’ont complètement trahi, tel Adler, Jung, Klein, Rank, Reich, Binswanger, pour ne citer que les plus prestigieux, qui lui ont renvoyé, tel l’IPA, « son propre message sous un forme inversée », pour reprendre l’expression de Lacan.

Nous ne sommes affectés que par du langage. C’est le langage qui affecte. Le maître-inconscient est fait d’effets. Et le maître des effets défait.

« La tristesse, par exemple, dit Lacan (p. 39), on la qualifie de dépression, à lui donner l’âme pour support, ou la tension psychologique du philosophe Pierre Janet (remarquons au passage que Lacan qualifie Janet de philosophe, alors que Janet est un éminent psychologue et psychiatre, mais « philosophe » parce que son travail se cantonne au conscient et ne va pas à l’inconscient psychanalytique). Mais (la tristesse) ce n’est pas un état d’âme, c’est simplement une faute morale comme s’exprimait Dante voire Spinoza : un péché, ce qui veut dire une lâcheté morale, qui ne se situe en dernier ressort que de la pensée, soit du devoir de bien dire ou de s’y retrouver dans l’inconscient, dans la structure. » Structure et langage c’est pareil comme on l’a vu p.16. « A l’opposé de la tristesse, poursuit Lacan, il y a le gay sçavoir ».

L’expression « gay savoir », vient de Rabelais dans son Gargantua, chap. 10, où il montre qu’il y a, chez les disciples de Dionysos, « deux ivresses, deux rires, comme il y a deux manières d’interpréter », soit celle du discours conscient et soit celle du discours inconscient. « Le Gay Savoir » est aussi le titre d’une œuvre de Nietzsche de 1882 où cette différence est largement soulignée. Lacan reprend à son compte cette expression par laquelle il désigne expressément la vertu de l’inconscient. Vertu prise au sens étymologique de force.

« A l’opposé de la tristesse, il y a le gay savoir, lequel, lui, est une vertu. Une vertu n’absout personne du péché, originel, comme chacun sait(le péché c’est le sens). La vertu que je désigne du gay sçavoir en est l’exemple, de manifester en quoi elle consiste : non pas comprendre, piquer dans le sens, mais le raser d’aussi près qu’il se peut sans qu’il fasse glu pour cette vertu. Pour cela, jouir du déchiffrage. Ce qui implique que le gay sçavoir n’en fasse au terme de la chute le retour au péché ». C’est-à-dire que la chute c’est le retour au sens. La chute dans le sens c’est très précisément le péché.

« Où dans tout ça, ce qui fait bon heur ? Exactement partout. Le sujet est heureux. (Le sujet de l’inconscient est heureux. Ce qui l’oppose à la conscience malheureuse, la conscience du péché à la recherche de sens, du « bon sens, voire du sens commun » voir p. 19).

« C’est même sa définition, poursuit Lacan, puisqu’il ne peut rien devoir qu’à l’heur, à la fortune autrement dit (L’expression avoir l’heur signifie « avoir la chance », « avoir le bonheur », « avoir le plaisir de », « … et que tout heur lui est bon pour ce qui le maintient, soit pour qu’il se répète. » (Heur a pour étymologie le verbe « augerer » qui signifie s’accroître »). Le bon heur est ce qui accroît, heur, le bon.

« L’étonnant n’est pas qu’il soit heureux sans soupçonner ce qui l’y réduit, sa dépendance à la structure, c’est qu’il prenne idée de la béatitude, une idée qui va assez loin pour qu’il s’en sente exilé ».

Autrement dit, l’inconscient c’est le bonheur. Bonheur dynamique qui ne nous empêche jamais d’aller voir ailleurs.

Je vous remercie.

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Dernières brèves

Rubrique : {Séminaires}

La psychanalyse n’est pas un humanisme

Le mardi 1er janvier 2008

La Topologie et le Temps
Séminaire de Guy Massat 2007-2008
3ème séance
Jeudi 31 janvier 2008à 20h30
La psychanalyse n’est pas un humanisme

« La psychanalyse n’est pas un humanisme » contrairement à ce qu’on enseigne à la Sorbonne. Rien de ce qui est inhumain ne lui est étranger. Car « inhumain » ça sonne comme « inconscient » et la psychanalyse ne s’intéresse qu’à l’inconscient. Semblable au cordonnier d’Apelle, la psychanalyse n’a pas à juger, « au dessus de la sandale ». Elle est, comme dit Freud, « une école de modestie ».

La psychanalyse est un humanisme (Grasset), livre d’Hélène L’Heuillet, maître de conférence à Paris Sorbonne, illustre à l’envie les dérives contemporaines du discours analytique vers un humanisme moraliste qui, en dépit de ses bonnes intentions, s’avère pessimiste, peu efficace et désespérant. À son insu, cet ouvrage donne raison au Livre Noir de la psychanalyse. C’est que le discours universitaire, on le sait, depuis Lacan, ne produit jamais que du sujet divisé. Le discours psychanalytique soutient bien plutôt Héraclite lorsqu’il dit (frag. 18) : « Si on n’espère pas, on ne découvrira pas l’inespérable car il est hors de quête et sans accès ». « Hors de quête et sans accès » par les voies du conscient, bien sûr. L’inespérable c’est la puissance de l’inconscient.

Certes, l’humanisme est une grande affaire mais c’est aussi un arbre qui nous cache la forêt de l’inconscient. Mme L’Heuillet nous parle de « la réalité de l’inconscient ». Ce mot est devenu si commun que chacun croit le connaître en le réduisant « à ce qui n’est pas conscient ». Mais cette définition depuis toujours est celle des philosophes et non pas celle de Freud et de Lacan : Premier dérapage.

L’expérience psychanalytique est « une expérience dont il faut dire qu’elle nous oppose à toute philosophie issue directement du Cogito », nous dit Lacan (Écrits, p. 93). Alors, par quelle contorsion yoguique compliquée Mme L’Heuillet peut-elle soutenir qu’il s’agit là d’un humanisme ?

Nous verrons que l’expression « sujet de l’inconscient » constitue une rupture épistémologique avec ce qu’on a appelé « l’homme » depuis Parménide et la Bible. Nous verrons que « le transfert » en psychanalyse n’a pas grand-chose à voir avec les transferts conscients et autres localisations cérébrales. Le discours de l’inconscient avec ses lapsus et ses bévues n’est autre que la parrhésia des Cyniques. Nous verrons aussi que « le symbolique » en psychanalyse n’est pas le symbolique du discours conscient. Différence qui semble, là aussi, échapper à Mme L’Heuillet.

L’humanisme relève de la pensée consciente. Il n’a rien à voir avec le discours inconscient. Nous l’illustrerons par des citations essentielles tirées de l’œuvre de Jacques Lacan.

À ne pas distinguer l’inconscient du conscient nous verrons aussi comment des philosophes de la stature de Slavoj Zizek peuvent se tromper sur la Bhagavad-Gita et autres « art de la guerre ». Comment Einstein le « pacifiste radical », lui, invente la bombe atomique et pourquoi Freud, avec son « combat d’Eros et Thanatos », ne pouvait avoir le prix Nobel de la Paix. Nous verrons que la pratique de l’association libre, la méthode de la psychanalyse, sa règle fondamentale, relève de ce qu’on appelait « le langage des oiseaux », « des oies sauvages » et autres barbarismes. Considérations indispensables pour aborder « La topologie et le temps » en cette année 2008.

Début du séminaire : 20h30
Adresse : 150, rue du Temple - 75003 Paris
Métro : Temple ou Arts et Métiers
Parking public : 132, rue du temple
Code rue : 1 9 6 7 *
1ére porte à gauche sous le porche
Interphone : Cercle psychanalytique
Deuxième étage droite
Téléphone : 06 72 76 80 12

Voir en ligne : Inscriptions

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Les Conférences du Cercle psychanalytique de Paris : « Artémis, déesse de la castration » par Guy Massat

Le mercredi 17 janvier 2007

LES CONFÉRENCES
DU CERCLE PSYCHANALYTIQUE DE PARIS
« Psychanalyse et Mythologie »
par Guy Massat, psychanalyste.

« La mythologie est la psychanalyse racontée autrement. On en conviendra plus facilement si l’on considère que l’inconscient est le concept fondamental de la psychanalyse.

L’inconscient est un langage pour peu que l’on traverse les apparences du langage ordinaire ou savant. La mythologie était déjà au temps de Freud considérée comme une antique forme de langage.

Nous montrerons au cours de ces conférences des intrications étonnantes entre les mythes et les concepts de la psychanalyse. »

Après l’interprétation chrétienne et l’interprétation marxiste des grands mythes grecs, nous proposons une interprétation psychanalytique de la mythologie à partir de Freud et de Lacan.

Nous avons déjà présenté le mythe de Persée, « le regard qui triomphe de l’œil, de l’œil de l’Autre », puis le mythe de Psyché, « qui n’est pas l’âme mais le trident de l’inconscient », puis le mythe d’Œdipe, la tragédie universelle du refoulement de l’inconscient.

Nous présentons ce 22 février le mythe d’Artémis.

Jeudi 22 février 2007 à 20h30
ARTÉMIS
Déesse de la castration
150, rue du Temple — 75003
(M° Temple ou Arts et Métiers)

La déesse de la Grande Santé — et déesse de la justice comme condition absolue de cette Grande Santé —, Artémis a les mêmes pouvoirs que son frère Apollon. Son nom vient du mot Artémis qui signifie « en bonne santé ».

Cette fois notre discours sera inhabituel par rapport aux interprétations si pudiques et timides qu’on nous a proposé de cette déesse qui incarne pourtant le concept psychanalytique de castration. La castration artémisale est ce qui nous permet de parvenir à la maturité génitale dont le déni constitue la perversion et le fétichisme.

L’assomption de la castration, enseigne Lacan, est celle du désir qui « cesse d’être soumis à l’idéal paternel » libéré qu’il est de toute peur.

Code rue : 1967*
Interphone : Cercle psychanalytique
1ère porte à gauche sous le porche, et 2ème étage droite.

Comme vous le savez, le nombre de places est limité et nous avons déjà enregistré de nombreuses inscriptions. Merci par avance de nous faire savoir si vous avez l’intention de venir, afin que nous puissions nous organiser au mieux, en adressant un mail de confirmation à : 
- cercle.psychanalytique@orange.fr / Site web : Cercle psychanalytique
- Guy Massat : massat_guy_psychanalyste@alicepro.fr

Voir en ligne : « Psychanalyse et Mythologie » - Séminaire de Guy Massat (2006-2007)

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Rubrique : {Séminaires}

Les Conférences du Cercle psychanalytique de Paris : « Psychanalyse et Mythologie » par Guy Massat

Le mardi 31 octobre 2006

LES CONFÉRENCES
DU CERCLE PSYCHANALYTIQUE DE PARIS
« Psychanalyse et Mythologie »
par Guy Massat, psychanalyste.

« La mythologie est la psychanalyse racontée autrement. On en conviendra plus facilement si l’on considère que l’inconscient est le concept fondamental de la psychanalyse.

L’inconscient est un langage pour peu que l’on traverse les apparences du langage ordinaire ou savant. La mythologie était déjà au temps de Freud considérée comme une antique forme de langage.

Nous montrerons au cours de ces conférences des intrications étonnantes entre les mythes et les concepts de la psychanalyse. »

Jeudi 30 novembre 2006 à 20 heures
LE MYTHE DE PSYCHÉ
Qu’est-ce que le langage inconscient ?
150, rue du Temple — 75003
(M° Temple ou Arts et Métiers)

Code rue : 1967*
Interphone : Cercle psychanalytique
1ère porte à gauche sous le porche, et 2ème étage droite.

Merci de confirmer votre présence par téléphone ou par e-mail :
- Cercle psychanalytique : 06 72 76 80 12 / cercle.psychanalytique@orange.fr
- Guy Massat : 01 42 36 15 45 / massat_guy_psychanalyste@alicepro.fr

Résumé de la conférence du 26 octobre 2006

Psychanalyse. — Le mot psychanalyse est composé de deux mots grecs : analusis qui signifie, « libération », « analyse » ; et psyché qui signifie « force vitale ». À ne s’intéresser qu’aux signifiants la psychanalyse est la libération de la force vitale.
- « Tout le psychisme est inconscient » (Freud).
- « L’inconscient est une pulsation temporelle » (Lacan).

L’inconscient est ce qui échappe totalement à la conscience. Mais la conscience n’échappe pas à l’inconscient puisqu’elle se trompe. Il y a dans ce qui échappe totalement à la conscience, des processus de création de pensées complexes et parfaites (Cf. La science des rêves, p. 504).
- Lacan : « au niveau inconscient… Ça parle, et ça fonctionne d’une façon aussi élaborée qu’au niveau du conscient qui perd ainsi ce qui paraissait son privilège » (Les quatre concepts, p. 27).
- « L’inconscient parle » (« Radiophonie » in Autres Écrits, p. 435).

Mythologie. — Le mot mythologie est composé de deux mots grecs muthos et logos, qui chacun signifie parole. Muthos : parole, discours, récit. Logos : parole, dire, récit, discours. (cf. Bailly). C’est la parole de la parole, les mots qui parlent d’eux-mêmes.

C’est la parole qui a inventé la mythologie. « La mythologie n’est qu’un dialecte, une antique forme de langage » (Max Müller). Les histoires de la mythologie sont des nœuds de paroles, des situations de langage. La mythologie est le langage de l’inconscient. C’est pourquoi dans la perspective de Freud et de Lacan nous devons nous y intéresser pour mieux comprendre la psychanalyse. Et la psychanalyse enlève aux mythes les uniformes de confection auxquels la conscience s’efforce de les réduire.
- « L’articulation homophonique d’une représentation en permet la perte… ainsi réalise-t-elle le passage de l’univocité visuelle à l’équivocité phonématique où s’articule le signifiant »… « C’est le monde des mots qui crée le monde des choses » (Écrits, p. 275).

Voir en ligne : « Psychanalyse et Mythologie » - Séminaire de Guy Massat (2006-2007)

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Rubrique : {Séminaires}

Quid de l’urgence en médecine et en psychanalyse ?

Le jeudi 26 octobre 2006

Quid de l’urgence en médecine et en psychanalyse ?

Au cours de ses colloques, le RPH a été amené à mettre en question les praxis médicales et psychanalytiques autour de pathologies (toxicomanies, obésité, épilepsie) ou de grands thèmes (vérité, langage). Il semble que la question de l’urgence s’impose.

Du côté de la médecine, il y a évidence de l’urgence, ne serait-ce que par l’existence des services hospitaliers spécialisés dans son accueil et son traitement. Il nous paraît intéressant de mieux connaître les modes de fonctionnement de l’urgence de ces services (« classiques » et psychiatriques), des médecins généralistes et de ceux se déplaçant à domicile. Le SAMU social — qui va à la rencontre des personnes les plus précarisées — est-il un service d’urgence ?

Du côté de la psychanalyse, il y a une apparente contradiction. On peut penser a priori que la démarche psychanalytique est un dispositif qui prend son temps, s’organise dans le long terme. Cela est vrai, mais au cours de ce long parcours des moments d’urgences peuvent se présenter. Que fait un psychanalyste lorsqu’un patient lui parle de suicide ? … Le psychanalysant avance, recule, piétine, esquive, fait des bonds, des faux bonds, campe sur ses positions, tourne en rond. Sans parler d’urgence Lacan, dans « Le temps logique… », parle d’un moment de hâte. La suspension de la séance ne se fait-elle pas dans un sentiment d’urgence ?

Qui, aujourd’hui, accueille l’urgence et comment ? Médecin généraliste, médecin urgentiste, service d’urgence psychiatrique, service téléphonique, SOS médecin ?

Cette journée sera l’occasion de réfléchir aux trois temps de l’urgence : avant l’urgence (peut-on prévenir une situation d’urgence ?), la gestion de l’urgence en elle-même (par l’urgentiste généraliste ou le spécialiste) et après l’urgence (ce qui justifie entre autre, l’existence du SETU ? du RPH).

Jean-Baptiste Legouis, Fernando de Amorim.
- Secrétariat du RPH : 33 rue Jean-Baptiste Pigalle — 75009 Paris.

Musée des moulages — Hôpital Saint-Louis
Samedi 25 novembre 2006
De 8h 30 à 16 h 30

Le colloque aura lieu au Musée de dermatologie de l’hôpital Saint-Louis :
- 1, avenue Claude Vellefaux — 75010 Paris.
- M° : Goncourt – Colonel Fabien – Jacques Bonsergent —

Pour tous renseignements :
Jean-Baptiste Legouis
- Tél. : 06 11 89 51 81
- e-mail : rph@magic.fr

XIe COLLOQUE DU RPH

08h30 : Accueil du public

09h00 : Ouverture
- Jean-Baptiste Legouis, Psychothérapeute

09h10 : Philippe Saffar, Chirurgien

09h30 : Martine Campion-Jeanvoine, Psychanalyste

10h10 — Discussion
- Modérateur : Nadine Daquin, Psychothérapeute

10h50 : Vladimir Mitz, Plasticien

11h10 : Laurent Hass, Urgentiste

11h30 : Maurice Mimoun, Chirurgien

11h50 : Discussion
- Modérateur : Nadine Daquin, Psychothérapeute

14h00 : Anne-Fanny Loew, Médecin (orientation acupuncture)

14h20 : Fernando de Amorim, Psychanalyste

14h40 : Jean-Pierre Orsini, SOS Médecin

15h00 : Discussion
- Modérateur : Nadine Daquin, Psychothérapeute

15h20 : Joseph Lana, Psychiatre

15h40 : Grégoire Caffin-Le Dû, Samu Social

16h 00 : Discussion
- Modérateur : Nadine Daquin, Psychothérapeute

16h20 : Conclusion
- Rami Selinger, Chirurgien

BULLETIN D’INSCRIPTION XIe COLLOQUE DU RPH
Quid de l’urgence en médecine et en psychanalyse ?
Samedi 25 novembre 2006 [2]

Nom :
Prénom :
Profession :

Veuillez libeller un chèque de 50 € (10 € pour les étudiants de moins de 26 ans sur présentation de la carte d’étudiant, chômeurs et les membres d’une association de malades - 20 € pour les membres du RPH) à l’ordre du RPH. Adressez votre bulletin d’inscription à :
- Fernando de Amorim
RPH (Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital)
33 rue Jean-Baptiste Pigalle – 75009 PARIS

Voir en ligne : Site du RPH (Réseau pour la Psychanalyse a l’Hôpital)

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Rubrique : {Librairie}

Une psychanalyse, pour quoi faire ?

Le jeudi 26 octobre 2006

SAMEDI 25 NOVEMBRE À PARTIR DE 18H
 La Terrasse de Gutenberg et les éditions J.Grancher reçoivent

Jean Jacques MOSCOVITZ
coauteur avec Phlippe Grancher

à l’occasion de la parution de

Une psychanalyse, pour quoi faire ?
Entretiens avec un psychanalyste

Dialogue avec :
- Léa DIDIER, étudiante en psychologie clinique
- Anne Marie HOUDEBINE GRAVAUD, psychanalyste et professeur de linguistique
- Jean Paul VILLARS, psychanalyste

Librairie La Terrasse de Gutenberg
- 9, rue Emilio Castelar — 75012 Paris
- M° : Ledru Rollin
- Tél. : 01 43 07 42 15
- E-mail : laterrassedegutenberg@wanadoo.fr

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NOTES :

[1] Le schéma L est « la construction topologique permettant de rendre compte du fonctionnement de la parole telle qu’elle ordonne la subjectivité de l’être parlant, selon deux axes symbolique et imaginaire, à partir du A défini comme lieu du langage » ( Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 2009).

[2] En adhérant au RPH avant de vous inscrire au colloque vous bénéficiez d’une réduction sur le colloque : 20 € au lieu de 50 €.


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